Le canal de JOUY : Un écosystème en cœur de ville

Article paru dans le R.L. du 16 octobre 2016
vendredi 16 octobre 2015

Inexploité depuis plus de 40 ans, le canal de Jouy constitue le poumon vert de l’agglomération messine. Au fil des ans, l’ouvrage a trouvé sa nouvelle vocation.

Par Xavier BROUET

Une vingtaine d’espèces d’oiseaux (dont le martin-pêcheur), dix-huit variétés de libellules (dont l’Anax napolitain, rare en Lorraine), huit papillons différents, quatre sortes de chauves-souris (dont le murin de Daubenton, habitué des zones humides)… l’inventaire dressé en 2015 par l’ONF confirme la valeur patrimoniale d’un écosystème en devenir. Débarrassé depuis plus de quatre décennies du trafic fluvial, le canal de Jouy constitue pour l’agglomération messine un havre de biodiversité. Créée en 1867 sur un remblai, la voie d’eau, toujours gérée par VNF, serpente sur 8 km entre Metz et Jouy-aux-Arches. En dépit de la pression croissante des usagers, la longue promenade qui borde la rive droite de la Moselle présente toutes les caractéristiques d’un plan d’eau forestier. Mais cette évolution, elle doit la conjuguer avec sa vocation de digue érigée en rempart contre les crues de la Moselle. La rupture partielle de cette barrière, en 1947, a en effet révélé toute son importance. « Le quartier de la Vacquinière, mais aussi ceux des Friches et de Saint-Pierre, au sud de l’agglomération, se sont alors retrouvés entièrement noyés », relate Bernard Eckstein, avec à l’esprit les photos de l’époque témoignant de l’ampleur historique de la crue. Ce scénario noir, l’adjoint au maire de Montigny-lès-Metz veut le croire désormais impossible. « La Moselle bute contre la rive gauche du canal et protège ainsi des milliers d’habitations », se rassure ainsi l’élu à qui la multiplication des aléas climatiques fait pourtant redouter de nouvelles montées des eaux.

Le site offre des opportunités en matière de gestion écologique et de protection des espèces

Mais c’est bien la dimension écologique du site qui aujourd’hui emporte l’intérêt du syndicat intercommunal (Jouy-aux-Arches, Augny, Moulins-lès-Metz, Montigny-lès-Metz) auquel incombe la gestion des berges. L’an dernier, le syndicat a fait réaliser un recensement de la faune et de la flore locale. « Jusque-là, on ne possédait aucun état initial », assure le Montignien Étienne Lognon, directeur des services techniques. Bouclée, l’étude est venue confirmer la valeur environnementale de cette nature urbaine. « Cette proximité (avec la Moselle) apporte au canal un intérêt écologique pour la dispersion des espèces présentes dans ces milieux humides et qui pourraient y trouver des habitants favorables… Le site reste très anthropique mais offre des opportunités en matière de gestion écologique et de protection des espèces animales et végétales. » Ce constat sonne comme un encouragement au travail entrepris par les collectivités : fauche tardive, « en bandes linéaires », des berges et talus ; plan d’éradication des érables malades de la suie ; dessouchage parcimonieux pour ne pas endommager les berges ; conservation des herbiers et roselières ; ouverture du couvert forestier sur la rive gauche pour favoriser le développement d’espèces comme les libellules… La très invasive renouée du Japon fait l’objet d’un arrachage systématique tandis qu’un faucardage en automne permet de maintenir la circulation de l’eau. Grâce à la coopération entre les différents acteurs, la nouvelle vocation de trame verte de l’ouvrage prend forme. Entre ville et campagne, un heureux mariage au fil de l’eau.

Xavier Brouet

Photos : Pascal BROCARD


Portfolio

Le canal de Jouy constitue pour l'agglomération Photos : Pascal BROCARD

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